| Le backpacking avec un sac à dos pour seul bagage relevait d’une certaine approche du voyage : une façon insolite de rechercher un contact spontané avec les populations locales, une relation de proximité avec d’autres cultures, mentalités et langages. Les globe-trotters que nous croisions étaient britanniques et dans une moindre proportion, allemands, scandinaves et québécois. Nous partagions ce même sentiment de curiosité et d’indépendance. Notre périple éducatif s’inscrivait dans la tradition des grands tours d’Europe des siècles derniers et correspondait à une école pragmatique de la vie et du vin. |
| L’Inde présentait le double avantage, pour notre voyage d’étude, d’être un jeune pays producteur et consommateur de vin. La ville de Nasik nous offrait l’opportunité rare de participer à l’International Agricultural Trade Fair, le plus grand rassemblement annuel des producteurs viticoles indiens. Nous pouvions ainsi échanger directement avec tous les opérateurs du secteur. De même que sur internet où les blogs se multipliaient, un vent d’innovation soufflait dans les allées. Supreme Corq, le principal fabricant au monde de bouchons synthétiques, prenait déjà des premiers contacts. |
| Le Maharashtra comptait 95% du vignoble national et 38 propriétés dont Sula, un des leaders à l’étonnante success story. En 1999, sa première récolte lui avait fourni 16 000 bouteilles. En 2005, sa production – issue de son propre vignoble et de contrats avec les petits exploitants - venait d’atteindre le nombre symbolique du million. Le défi était de maintenir le niveau de qualité tout en tirant profit de la croissance exponentielle du marché intérieur. Des actions d’initiation et de promotion s’effectuaient 7 jours sur 7 dans le wine bar du domaine : un accueil privilégié y était réservé à la haute société de Bombay. |
| Les touristes mais aussi les jeunes Indiennes aisées qui considéraient le vin comme un alcool socialement plus acceptable que le whisky de leur mari, formaient les coeurs de cible. Chez le plus gros producteur de films au monde, une actrice arborant un verre de vin à la main, participait à l’envolée du nombre de consommatrices. Stimulées également par une démographie et une urbanisation galopantes, dynamisées par l’émergence d'une classe moyenne sensible aux modes de vie occidentales, les ventes connaissaient au total une progression annuelle de 30% en valeur. |
| Les taxes spécifiques à chacun des 25 états et les droits de douane de 100 à 250% donnaient aux vins indiens une position avantageuse par rapport à leurs concurrents étrangers. En raison de ces barrières commerciales, des groupes californiens, australiens et champenois avaient commencé à implanter des filiales et à s’associer avec des partenaires ou des importateurs locaux. Ces échanges au long cours nous rappelaient les bordeaux Retour des Indes du début du 19ème siècle : le roulis du bateau les rapportait joliment bonifiés sur les quais des Chartrons, à Bordeaux. |
| Nasik : International Agricultural Trade Fair, Sula, Sigma. |
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